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Association (Loi 1er juillet 1901) de défense des droits des militaires.

Le général BOSSER écrit à ses potes à propos de l’affaire Loustaunau Lacau (par Jacques BESSY, Saint-Cyr 1968 – 1970, président de l’Adefdromil – Aide aux victimes)

Article publié le 5 décembre 2018

Qui n’a pas entendu parler dans le landernau militaro-militaire de cette promotion de Saint-Cyr à laquelle on a donné en 2017 le nom de général Loustaunau Lacau ?

Dans un courrier daté du 19 novembre 2018 (1) et adressé à ses camarades généraux issus de Saint-Cyr, le général Bosser, chef d’état-major de l’armée de terre explique que c’est la découverte récente d’écrits « condamnables » du général Loustanau Lacau, qui a motivé ce qu’il convient d’appeler « la débaptisation » de la promotion 2016 – 2019.

Indiscutablement, le général Loustaunau Lacau est un personnage, une figure, un officier et un homme courageux : Légion d’honneur au feu en 1917, capitaine à 23 ans, etc. Ses états de service  sont exceptionnels et méritent le respect.

Mais c’est aussi un officier engagé politiquement, un activiste qui crée en 1936 de sa propre initiative un « groupe secret de renaissance », composé d’officiers d’active et de réserve, dans le but de lutter contre la menace communiste et le noyautage des unités..vrai ou supposé. Ce groupe est nommé Corvignolles du nom de la famille du Maréchal Vauban. Il est d’ailleurs lui-même conscient de la violation grave de ses devoirs puisqu’il convient dans « Mémoires d’un Français rebelle », livre publié en 1948, que : « c’est une décision très grave et discutable de la part d’un officier placé dans l’entourage du haut commandement » (page 109 de la réédition de 1994).

Par l’entremise du maréchal Franchey d’Esperey, il rencontre même le fondateur de la cagoule (CSAR), le polytechnicien Eugène Deloncle, qui, après avoir collaboré notamment avec Déat, finira abattu par la Gestapo en 1944. Mais il affirme s’être limité à des échanges d’informations avec Deloncle et n’avoir jamais fait partie du CSAR (comité secret d’action révolutionnaire).

Son rôle dans l’action du groupe Corvignolles ayant été mis à jour, il est mis en disponibilité de l’armée en 1938, après avis d’un conseil d’enquête. Il est réintégré à la déclaration de guerre. Il est alors lieutenant-colonel, grade qu’il conserve jusqu’à sa promotion au grade de général dans la deuxième section le 3 février 1955, par un décret publié le 11, veille de son décès.

Délégué général de la Légion française des combattants de septembre à novembre 1940, il fonde le réseau de renseignement Navarre travaillant pour les Britanniques. Le réseau prendra ensuite le nom d’Alliance et sera dirigé par Marie Madeleine Fourcade. Il sera intégré au BCRA de la France libre en mars 1944. Loustaunau Lacau, déporté à Mauthausen en 1943, après avoir été lâchement livré aux nazis par le régime de Vichy en revient usé. Il parvient toutefois à se faire élire député en 1951.

Loustaunau Lacau n’a jamais commandé en chef et n’est pas mort au combat. Quelles sont donc les  raisons ayant conduit à donner son nom à une promotion de Saint-Cyr ? Il est difficile de croire qu’il s’agit du fruit de l’ignorance ou d’une fascination esthétique pour sa carrière et sa vie aventureuse. Quelle a été la part de l’influence de certains officiers généraux connus pour leurs idées réactionnaires dans cette bévue?

On s’apprêtait ainsi à donner en exemple à de jeunes officiers, un de leurs anciens – certes courageux- , mais qui s’était gravement affranchi de ses devoirs et s’était compromis dans des intrigues politiques indignes.

Fallait-il découvrir des écrits « condamnables » pour se rendre compte que donner le nom de Loustaunau Lacau à une promotion de Saint-Cyr était non seulement l’expression d’une sorte d’apostasie des valeurs militaires telles que la discipline et la neutralité politique des militaires, mais aussi celle d’un mépris profond des valeurs républicaines ?

Dans « L’étrange défaite », Marc Bloch analyse les causes internes de la débâcle de 1940 et en vient à se demander  si la haute fonction publique alors en place – et qui s’apprêtait à collaborer- adhérait réellement aux valeurs républicaines.

En 2018, on peut se poser la même question en ce qui concerne les généraux de l’armée de terre issus de Saint-Cyr, souvent descendants de lignées d’officiers ayant connu la période de l’occupation ou celle aussi trouble de la guerre d’Algérie.

S’agissant de l’attribution d’un nom de promotion aux Saint-Cyriens, le rôle du chef d’état-major de l’armée de terre est-il de se limiter à valider un simple avis du service historique de la défense ? Est-ce bien là la valeur ajoutée attendue de la part d’un CEMAT ?

Faut-il établir un programme de lecture pour chaque nouveau CEMAT ou mettre en place à ses côtés un déontologue aux valeurs républicaines ? La question est légitime.

De Gaulle, dans « Vers l’armée de métier » prônait déjà de «  tenir la culture générale » pour « la véritable école du commandement » ? Il y a manifestement et encore des progrès à faire !

In fine, ce couac monumental aura-t-il une influence sur la part variable (23000 euros) de la prime de 43000 euros à laquelle le général Bosser peut en théorie prétendre en 2019 avant son départ depuis le décret du 8 novembre 2018 ?

Pas sûr qu’on nous le dise !

22 novembre 2018

(1) lettre du 19 novembre 2018 au format pdf: http://adefdromil.org/wp-content/uploads/2015/06/article_4620-1-1.pdf

5 commentaires suite à cet article :

  1. C’est visiblement pour vous qu’il faut très rapidement établir un programme de lecture. Car à la lecture de votre texte, on se rend compte que, dans l’integralité de vos propos, la stupidité et l’ineptie le disputent à l’ignorance. Contrairement à ce que vous affirmez, Loustaunau-Lacau a commandé, sous le feu, en 14-18 et en 39-40 avant de fonder et de diriger un des tous premiers et des plus efficaces réseau de résistance. Si votre texte laissait entendre qu’il fallait qu’il commande en chef en tant que général et meurt au combat, sans jamais se mêler, en situation d’excrotions, de choses politiques, comment pouvez-vous expliquer que le nom de De Gaulle ait été donné à une promotion de St Cyr. Êtes-vous en outre totalement inculte au point d’ignorer que les communistes étaient alors des traîtres à la nation française.
    Informez-vous un minimum avant d’intervenir sur un sujet auquel vous ne connaissez visiblement rien… Ça vous évitera de vous couvrir de ridicule !

    Anonyme • 23 novembre 2018 à 15 h 51 min
  2. Enfin un commentaire digne d’éloges dans lequel la stupidité et l’ineptie ne disputent rien à l’ignorance! Je vous suggère de proposer les noms de promo suivants car croyez-moi,la cérémonie du Triumph va avoir de la gueule!Promotion  » Hélie Denoix de Saint Marc ». Devant le Haut Tribunal militaire, le 5 juin 1961 il a déclaré: « Ce que j’ai à dire sera simple et sera court. Depuis mon âge d’homme, Monsieur le président, j’ai vécu pas mal d’épreuves : la Résistance, la Gestapo, Buchenwald, trois séjours en Indochine, la guerre d’Algérie, Suez, et puis encore la guerre d’Algérie…  » Trois séjours en Indochine à casser du communiste, donc des traîtres à la Patrie!c’est pas beau cela pour la formation de nos Saint-Cyriens à l’éthique? Imaginez le Triumph avec la Légion, le pas lent, le boudin…Que de la gueule la cérémonie! A défaut et dans la même lignée je vous suggère « Promotion général Salan »,l’un de nos généraux les plus décorés de France! et pourquoi pas promotion « Capitaine Pierre SERGENT »? Lui aussi il mérite respect et reconnaissance. N’a t-il pas mis sa peau au bout de ses idées? Et en plus c’était un champion de la guérilla! un avant-gardiste si on se réfère au futur « face à face » envisagé par Gérard Collomb dans ses déclarations fracassantes lors de sa démission! Le général Bosser et vous-même avez raison! Pourquoi s’embêter avec une promo Loustaunau-Lacau alors que l’on a tant de héros dans notre histoire militaire.

    Totoche • 23 novembre 2018 à 16 h 56 min
  3. Gast ! Stupidité, Ineptie et ignorance. Rien que ça. Cela frôle l’insulte. Et l’insulte, c’est quand on est à court d’arguments.

    Bien qu’aucune règle ne soit fixée, on constate que les promotions reçoivent soit le nom d’un officier tué au combat : Thomazo, Bulle, de Loisy, Darthenay…soit le nom d’un officier ayant commandé en chef ou à défaut ayant exercé de très hautes responsabilités : de Castelnau, de Lattre, Juin, de Galbert, Simon, Lalande…

    Manifestement, ce n’est pas le cas de Loustaunau Lacau.

    Personne n’a demandé à l’intéressé de « pourchasser » les communistes à l’intérieur de l’armée.

    Et puis, aller proposer ses services aux Allemands en août 40, il faut le faire. Je cite le blog de JD Merchet de L’Opinion : « Il est également l’auteur d’un courrier adressé à l’ambassade d’Allemagne en août 1940 et dans lequel, avec des propos antisémites, il propose ses services aux Allemands ».

    Bref, on ne vas refaire l’Histoire en quelques lignes, mais je crains pour vous que les lecteurs de ces commentaires ne situent l’ignorance et le ridicule de votre côté.

    La réalité et la vérité sont insupportables pour ceux qui remplacent les faits par de l’idéologie.

    jacques • 23 novembre 2018 à 17 h 06 min
  4. D’abord, on ne débaptise pas un nom de promotion : même De Gaulle a refusé de débaptiser la promotion qui portait le nom du maréchal Pétain. Cette décision abjecte ramènera donc le général Bosser, pour la postérité, au même niveau que les généraux Gamelin, ou Katz…

    Pour ce qui est de la chasse aux traîtres communistes réalisée avant guerre, et qui a permis de limiter les actes de sabotage menés par ces derniers, ce n’était pas de la politique mais de la neutralisation d’activistes politiques qui, eux, n’abaient pas leur place dans l’armée.

    Quant à la prétendue lettre fournie par les Allemands (tout un symbole) : tout semble indiquer que c’est un faux réalisé dans les années 50 pour nuire à Loustanau-Lacau alors qu’il s’était engagé, après guerre, en politique.

    Et dans l’hypothèse, très faible, où cette lettre serait authentique, elle est à replacer dans son contexte :

    A l’époque, les premiers réseaux de Résistance, qui vont naître autour de Vichy, chez les anciens des services spéciaux (même De Gaulle l’admet), ont pour objectif de noyauter Vichy en écartant les collaborationnistes.

    Le colonel Groussard, très proche de Loustaunau-Lacau (ils étaient dans le réseau Corvignolle ensemble), est à la manœuvre, et il parvient, fin 40, à obtenir de Pétain le limogeage de Laval ( que les Allemands imposeront à nouveau début 41, en faisant tomber, en retour, Groussard). Or la lettre prêtée à LL vise bien le chef de gouvernement (donc Laval). Il s’agit donc d’une manœuvre d’intoxication, que l’actuel CEMAT, par faible culture historique, s’est montré incapable de comprendre, dans sa décision précipitée et craintive.

    L’absence de la mention de Mers El Kebir est à comprendre dans ce sens : LL dont tout le parcours montre qu’il s’agit d’un homme intelligent, stable et constant dans ses combat ne livre donc pas ses états d’âme dans cette lettre mais exprime ce que l’occupant veut entendre (goût pour le totalitarisme, antisemitisme) pour atteindre l’objectif souhaité : écarter Laval et prendre sa place, au profit de la Résistance…

    D’autant plus que cette lettre est envoyée au moment où LL convoque ses réseaux, dans le sud de la France, pour lancer ses activités de Résistance, comme en témoignait Marie-Madeleine Fourcade, dans ce discours tenu dans les années 80 : https://www.asafrance.fr/item/pallocution-prononcee-par-madame-marie-madeleine-fourcade-le-6-mai-1984.html

    Anonyme • 24 novembre 2018 à 9 h 19 min
  5. Si je comprends bien le patriotisme de Loustaunau le lave de tous les « péchés » réels ou prétendus. Et ses mérites justifient de donner son nom à la promotion de Saint-Cyr 2016 – 2019 …

    Je pense quant à moi que dans le doute il vaut mieux s’abstenir. C’est encore plus vrai à l’heure des réseaux sociaux – qui n’ont rien à voir avec les réseaux de résistance, bien évidemment.

    Revenons en à vos arguments :

    1° Nom donné à une promotion.

    La première promotion à avoir reçu ou s’être donnée un nom est celle de 1830-1832, baptisée « du Firmament », selon l’annuaire de la Saint-Cyrienne. Il faut attendre 1899 pour que la promotion sortante reçoive le nom d’un général récemment décédé : Charles Denis BOURBAKI. La promotion suivante porte le nom d’un capitaine en activité : Marchand. C’est la seule. Ce n’est qu’à partir des années 50 (exceptions faites des promotions Pol Lapeyre 1928, et Bournazel 1934, que les promotions vont recevoir le nom d’officiers tués au combat. La promo 1942, quant à elle porte le nom d’une victime : Charles de Foucauld

    Quant à la série des généraux et maréchaux, elle débute en 1929 avec Gallieni.

    Dans ce contexte, l’attribution du nom de Loustaunau Lacau, promu de Lieutenant-colonel à Général en 2ème section par la volonté de ses pairs députés, la veille de sa mort, est pour le moins surprenante et déroge pour le moins au passé (More majorum).

    La hiérarchie va s’abstenir d’utiliser le nom de LL. Mais que va faire La Saint-Cyrienne dans son prochain annuaire ?

    Autre petit problème qui ne manque pas de sel : comme toutes les promotions depuis quelques décennies, la promotion s’est constituée en association :

    Siège de l’association :

    Promotion Général Loustaunau Lacau. Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr.
    Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan
    56380 Guer

    Date de création : 16/01/2017
    Date de publication : 11/02/2017
    Date de dernière modification : 07/12/2017
    RNA : W563006504
    Type : Autres et divers
    Objet de l’association : organiser la vie de la promotion de l’école spéciale militaire 2016-2019 à l’intérieur et l’extérieur des écoles St-Cyr Coëtquidan au travers d’activités de tradition propres à l’école, d’activités de cohésion entre les membres de l’association, de galas et de soirées organisées ; d’activités sportives et culturelles ; éventuellement de voyages à l’étranger

    La liberté d’association étant un des principes constitutionnels reconnus dans la République, il est loisible aux anciens élèves de cette promotion d’utiliser le nom de l’association, dont ils sont membres. La ministre va t’elle engager une action (sans doute hasardeuse) pour faire changer le nom ? J’en doute.

    Bref, il y a des chances pour qu’on s’amuse quelques années encore avec ce cafouillage..

    2° Les initiatives de Loustaunau « pour lutter contre les traîtres communistes » relèvent bien d’une violation caractérisés des règles de la discipline. Il a d’ailleurs été placé en inactivité par retrait d’emploi pour ses faits. Cela le disqualifie pour donner son nom à une promotion de Saint-Cyr, quelles que soient les justifications produites a posteriori. Quand on crée une organisation secrète dans l’armée, on n’est pas un exemple à donner à de futurs officiers. C’est aussi simple que cela. Toute référence à un passé plus récent me semble superfétatoire..

    3° Les offres de services aux Allemands et la théorie du faux.

    On en revient à quelque chose que Loustanau Lacau adorait : les complots.
    On aurait donc manipulé M. Merchet, membre éminent de l’Association des Journalistes de Défense, qui a un bureau à l’Ecole militaire, juste à côté de la DICOD. Et, il ne serait aperçu de rien. Décidément, on ne peut faire confiance à personne.
    Soyons sérieux un instant. Que des personnes aient voulu « nuire à Loustaunau après guerre, c’est possible. Mais comment forger un faux et le faire entrer dans les archives allemandes. On risque de retomber dans l’affaire Dreyfus avec les fameux faux du pitoyable colonel Henry. Qu’on mette ce courrier fâcheux sur le compte des désordres émotionnels provoqués par la défaite de 1940 et de sa blessure, pourquoi pas. Mais là encore, cela disqualifie Loustaunau pour être donné en exemple.

    4° Le discours de Mme Marie Madeleine Fourcade de 1984.

    C’est un magnifique éloge de son ancien patron, dont elle partageait beaucoup de convictions et grâce auquel, elle est devenue l’une des rares femmes, chef de réseau.

    Pouvait-elle faire moins 29 ans après sa mort ? Un éloge funèbre ou commémoratif n’est ni une preuve, ni une absolution.

    En conclusion, et à mon humble avis, il est fort regrettable que le nom de Loustaunau Lacau, nonobstant son courage et son patriotisme quelque peu dévoyé, ait pu être donné à une promotion de Saint-Cyr.

    Pourquoi ne pas donner le nom de Général Picquart (celui de l’affaire Dreyfus) à une prochaine promotion ?

    Saint-Cyr aura alors le lobby de la vérité derrière elle !

    jacques • 24 novembre 2018 à 12 h 11 min