France: l’armée fustige un général critiquant la stratégie US en Afghanistan

Le dossier d’un général français, qui a vivement critiqué la stratégie américaine en Afghanistan, sera transmis au ministre de la Défense Hervé Morin, qui peut prononcer une sanction allant du simple avertissement à une suspension, a indiqué à l’AFP l’état-major des armées.

« L’amiral Edouard Guillaud, chef d’état-major des armées, a reçu le général Desportes aujourd’hui pour lui expliquer en quoi il considérait que sa prise de parole publique constituait une faute », a déclaré l’amiral Christophe Prazuck, de l’état-major.

Il lui a « présenté ses arguments réunis dans un dossier transmis au chef d’état-major de l’armée de terre pour les +suites à donner+ », a-t-il ajouté, précisant que « la voie normale ensuite était une transmission au ministre de la Défense auquel il appartiendra de prononcer une éventuelle sanction disciplinaire ».

Cette sanction peut aller du simple avertissement à la suspension, a précisé l’amiral Prazuck.

Dans une interview au quotidien Le Monde daté de vendredi, le général Vincent Desportes juge que la stratégie américaine en Afghanistan « ne semble pas fonctionner » et égratigne au passage le président américain Barack Obama qui ne serait « pas très sûr de ses choix ».

Il estime que « factuellement, la situation n’a jamais été pire », rappelant que le mois de juin avait été le plus meurtrier pour la coalition internationale depuis son engagement dans ce pays, fin 2001, avec 100 soldats tués.

Il critique aussi la décision de Barack Obama d’envoyer 30.000 soldats américains en renfort, annoncée en décembre. « Tout le monde savait que ce devait être zéro ou 100.000 de plus », affirme-t-il, ajoutant un cinglant: « On ne fait pas des demi-guerres ».

Le chef d’état-major des armées a fustigé vendredi matin sur la radio Europe 1 la « faute » de ce général de division, qui dirige le Collège interarmées de défense (CID, l’organisme qui forme l’élite des officiers supérieurs français).

« Je pense que c’est une opinion malvenue et que je qualifierais d’irresponsable car elle vient de quelqu’un qui est en activité et qui, de ce fait, a une crédibilité », a déclaré l’amiral Guillaud. Il a « exprimé une opinion personnelle (…) malvenue et insuffisamment argumentée », a-t-il ajouté.

Le chef d’état-major des armées a contesté en particulier que le conflit en Afghanistan soit une « guerre américaine » conduite sans concertation avec les alliés, comme l’affirme son subordonné.

« Cette guerre ne peut pas être gagnée que par les armes », a reconnu le chef des armées françaises, soulignant le caractère « indispensable » d’un effort sur le développement et la gouvernance de l’Afghanistan parallèlement à l’action militaire. Selon lui, cette stratégie « est la bonne ».

Les quelque 3.750 soldats français présents sur le sol afghan devront y rester « le moins longtemps possible, nous en sommes tous d’accord », a poursuivi l’amiral Guillaud.

L’expression de ses doutes par le général Desportes est un fait rare en France où le débat public sur l’intervention alliée en Afghanistan est réduit à la portion congrue.

Cette affaire survient alors que le général américain Stanley McChrystal a…

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Cet article a 1 commentaire

  1. Domisoldo Diez

    Selon la dépêche de l’agence France Presse de vendredi dernier 2 juillet 2010 :
    « (…) Le chef d’état-major des armées a fustigé vendredi matin sur la radio Europe 1 la « faute » de ce général de division, qui dirige le Collège interarmées de défense (CID, l’organisme qui forme l’élite des officiers supérieurs français).
    « Je pense que c’est une opinion malvenue et que je qualifierais d’irresponsable car elle vient de quelqu’un qui est en activité et qui, de ce fait, a une crédibilité », a déclaré l’amiral Guillaud. Il a « exprimé une opinion personnelle (…) malvenue et insuffisamment argumentée », a-t-il ajouté. (…) ».

    Rappelons que la mission première du Collège interarmées de défense, ci-devant Ecole de guerre, est de former de jeunes officiers supérieurs aptes intellectuellement, physiquement et moralement à conceptualiser et à remplir les missions confiées aux armées et à la gendarmerie, en premier lieu sur les théâtres d’opérations, en étant économes des vies de nos soldats.

    Dans la mesure où le général Desportes, actuel patron du collège interarmées de défense, tacticien reconnu des combats en zones urbaines ainsi que des blindés, auteur de plusieurs ouvrages de référence, ne pourrait exprimer librement sa pensée, c’est la génération de jeunes officiers supérieurs à lui confiée qui serait lobotomisée.

    Au delà d’un toujours possible écart de langage du général de cavalerie Desportes, voire d’une déformation plus ou moins amicale par la presse, sur le fond il est urgent de se demander, comme dans le cas récent du chef d’escadron de gendarmerie Matelly, ce que veut notre gouvernement.

    Ainsi, la même question se re-pose : à quand une réécriture claire du statut général des militaires, s’agissant de la liberté d’expression et des limites d’icelle ?

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