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ENQUÊTE FRANCEINFO. « C’est un milieu hostile » : dans l’armée, insultes et brimades homophobes sont légion (Camille Adaoust France Télévisions)

Article publié le 20 mai 2018

Comme chaque année, le rapport de SOS homophobie révèle des cas de discriminations envers les personnes LGBT dans l’armée. Franceinfo a enquêté pour savoir quelle était la situation, à l’occasion de la Journée internationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie.

Marc a 27 ans. Il travaille dans l’armée. « Un jour, deux de ses supérieurs le prient de les suivre à l’écart pour lui parler », bien décidés à lui « faire avouer » quelque chose. Face à son incompréhension, ses supérieurs lui montrent une photo de lui et son mari. « C’est alors que les deux hommes lui demandent s’il est ‘excité par [s]es camarades sous les douches' » et lui reprochent son homosexualité, « qui serait contraire aux valeurs de l’armée ». Ce témoignage, glaçant, figure dans le rapport annuel de SOS homophobie (document PDF), publié mardi 15 mai, deux jours avant la Journée internationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie.

Un exemple loin d’être isolé. L’association déplore régulièrement des cas de discriminations et d’agressions homophobes au sein de l’armée. « On a écouté plusieurs victimes d’homophobie dans le milieu militaire », confirme Joël Deumier, président de l’association. Franceinfo a mené l’enquête parmi les troupes.

Remarques déplacées, brimades et insultes

Pour beaucoup de personnes sollicitées, le constat est sans appel : l’armée est un milieu « hostile » et « en retard », où « l’homophobie est une réalité ancrée ». Alexandre*, jeune militaire de l’armée de l’air interrogé par franceinfo, tente d’expliquer cette réticence à accepter la différence : « On associe la capacité d’être soldat à la virilité, et la virilité à l’hétérosexualité. » Lors des entraînements, il n’est pas rare d’entendre des remarques déplacées de la part de « petits gradés », relève ainsi Michel Bavoil, vice-président de l’Association de défense des droits des militaires (ADEFRDOMIL). « J’ai entendu des phrases comme ‘On n’est pas des pédés ici !’ ou encore ‘Allez, vous n’êtes pas des gonzesses !’ Ce n’est pas forcément lancé méchamment, mais c’est quand même dit, et ça peut blesser des personnes. »

Michel Bavoil évoque aussi la visite médicale d’une femme militaire, « ouvertement homosexuelle », sur le point de « partir en Afrique pour une mission »« Sur la fiche médicale qui a été rédigée après cet entretien, il était inscrit ‘homosexualité affirmée' », s’indigne cet ancien capitaine des troupes de marine. « Un médecin a écrit ça ! Mais qu’est-ce que ça fait là ? », s’interroge-t-il, pointant une stigmatisation. Et les brimades ne sont jamais loin, souligne Delphine Ravisé-Giard, lesbienne transgenre, membre de l’armée de l’air et militante au sein de l’Association nationale transgenre.

Les insultes, on en entend tous les jours, c’est comme dans une cour de récré ici.Delphine Ravisé-Giardà franceinfo

Stéphane, élève dans une école militaire du sud de la France, a ainsi fait « l’objet de moqueries homophobes de la part d’un camarade de promo ». « Il n’arrive pas à [le] raisonner » et « envisage de porter plainte, tout en redoutant des conséquences possibles sur sa carrière »écrit l’association en 2016 (document PDF). Lorsqu’on l’interroge, l’armée admet à demi-mot le problème. « Je n’ai jamais ressenti cette notion d’homophobie latente », nuance Erick Dal, contrôleur général des armées au sein du ministère de la Défense, auprès de franceinfo. « Mais il y en a, reconnaît-il. Si je suis là, c’est justement pour lutter contre », ajoute le chef de la cellule Thémis, en charge de la lutte contre les discriminations et le harcèlement. Elle recueille les témoignages de victimes dans les armées pour ensuite lancer des enquêtes.

« On ne peut pas revendiquer d’être gay »

« Depuis notre création, en 2014, nous avons ouvert 309 dossiers », détaille Erick Dal. Parmi eux, 18 concernent des problèmes liés à l’orientation sexuelle. « Il s’agit de cas où un camarade découvre l’homosexualité d’un autre et change de comportement, de propos dégradants ou encore d’insultes verbales », résume le contrôleur. Si, en quatre ans, cette cellule Thémis s’est saisie d’aussi peu de dossiers, c’est que la parole est loin d’être libérée sur le sujet. Même SOS homophobie peine à récolter des témoignages et il faut parfois attendre un cas médiatique pour comprendre la réalité du problème. Ce fut le cas, en novembre dernier, lorsque le parquet d’Évreux (Eure) a ouvert une enquête pour harcèlement après le suicide d’un sergent. Une situation que ce dernier a subie « uniquement parce qu’il était gay », estime son veuf, Sylvain Dumont, contacté par franceinfo.

Ce genre d’expériences peuvent agir comme des repoussoirs au moment de rejoindre l’armée. « J’aimerais savoir si l’homosexualité visible peut empêcher un recrutement ou lui être un inconvénient », peut-on lire sur le forum Aumilitaire.com, qui se présente comme le « portail militaire n°1 ». Les réponses à l’inquiétude de ce militaire en herbe sont éloquentes. « Tu risques soit d’être mis de côté du fait de cette ‘différence’, soit de te faire marcher dessus », écrit un anonyme. « Je ne te cache pas que tu devras faire deux fois plus tes preuves », ajoute un autre internaute. « Pour ma part, tant que la personne ne rechigne pas à la tâche (…) et qu’elle ne me lance pas des regards vicieux dans les douches ou la chambre, il n’y a pas de soucis », conclut-il.

Au sein de l’armée, la discrétion est de mise. « Dans l’esprit des militaires, un homosexuel ne doit pas se mettre en avant. Il ne faut pas qu’il soit perçu comme provocant ou qu’il essaie de faire du prosélytisme », analyse Michel Bavoil. Selon lui, l’homosexualité dans les armées a toujours été invisible. « J’ai fait trente-quatre ans dans l’armée. J’ai certainement côtoyé des homosexuels sans le savoir. De temps en temps, il y avait une fuite et on entendait : ‘Ah bah, celui-là, ça peut en être un' », mais la plupart ne le disaient pas, rapporte-t-il.

C’est l’option qu’a choisie Alexandre… Lire la suite sur le site francetvinfo.fr en cliquant [ICI]

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