La gay guerre de nos armées(Brigitte Rossigneux)

Mobilisation générale contre le mariage pour tous…

Le ministre de la Défense n’en est pas revenu. Le 20 avril, au Conseil supérieur de la fonction militaire, l’instance dite « de concertation », quelques uniformes encerclent Jean-Yves Le Drian. « Rassurez-nous, monsieur le Ministre, demande l’un d’entre eux, le mariage pour tous, ça ne s’appliquera pas aux armées? Vous imaginez si, à la soirée du régiment, le colonel déboule avec son copain? » La réponse tombe, prévisible: « C’est une loi de la République, elle s’applique à tous. » Consternation dans les rangs. Crosses pas en l’air, mais drapeaux roses et bleus au vent.

Au nom du pacs millénaire entre le sabre et le goupillon, une active faction d’officiers culs-bénis n’a cessé de mobiliser contre le mariage pour tous, devenu l’abcès de fixation de leur allergie à la gauche au pouvoir. Nombre d’entre eux défileront-en civil, quand même- dimanche 26 mai. Malgré le vote, le feu vert du Conseil constitutionnel et la promulgation de la loi au « Journal officiel ». Petite tournée des popotes chez les valeureux combattants de l’hétérosexualité.

• Dans le XV*arrondissement de Paris, la Société nationale immobilière possède un immeuble où sont logés que des officiers. Il a fallu que la hiérarchie tape du poing sur la table pour qu’ils décrochent les banderoles anti-gays qui flottaient à tous les étages.

• Le numéro 2 du diocèse aux armées a reçu l’ordre de son évêque de retirer un pamphlet, tout en finesse, où il assimilait la volonté gouvernementale sur le mariage pour tous au « fascisme ». Récidive du même prélat, le 19 avril, dans un tweet: « L’idéologie de type socialiste aboutit toujours au totalitarisme. »

• La très sérieuse « Revue de la défense nationale » a publié une chronique vengeresse. Sous le titre « Sexe et défense nationale » on peut lire: « Mourir pour la patrie implique que celle-ci soit aimable (…). Qu’elle décide le mariage pour tous, elle ne le sera plus du tout. »

• Au Prytanée national militaire de la Flèche, le commandement a dû se fâcher tout bleu-blanc-rouge pour que soient décrochées les affiches de Civitas, le groupuscule de fondus qui trouve Marine Le Pen un peu gaucho. Mais la direction du lycée n’a pas poussé le zèle jusqu’à exiger que celles de Frigide Barjot et associés subissent le même sort. Et pour cause: les jours de manif, c’est dans l’enceinte de l’école militaire que les galonnés viennent tout naturellement garer leur monospace d’où s’extraient la marmaille et leurs banderoles.

• Certains galonnés n’hésitent pas à faire le coup de poing. Le 17 novembre, un colonel s’est retrouvé sur « You Tube » pour avoir chassé la Femen. Valeureux rond-de-cuir au ministère, il pouvait prétendre au grade de général. Convaincu que ce fait d’armes lui a coûté ses étoiles, ce martyr de la chrétienté a décidé de prendre un avocat. Il est soutenu par l’immense majorité de ses petits camarades de l’état-major.

• Deuxième jeunesse pour le tube d’Edith Piaf « Non, je ne regrette rien », qui fut le chant de ralliement des légionnaires du 1er  REP, dissous après le putsch des généraux à Alger, et entonné avec ferveur cinquante ans plus tard par les manifestants.

• L’activisme des militaires anti-gays a été jugé assez sérieux pour que le gouvernement ordonne deux enquêtes. Troublé par le nombre d’enfants d’officiers parmi les jeunes interpellés, Valls a demandé à la DCRI de s’informer sur ce que ces agités manigançaient. La DPSD (ex-sécurité militaire) a été priée, elle aussi, de repérer les meneurs au sein de l’institution. Elle n’aura pas à chercher bien loin: l’an dernier, un colonel de réserve de 62 ans, appartenant…à la DPSD, était arrêté avec ses petits camarades du Bloc identitaire alors qu’il se rendait à Bordeaux pour aller casser du gauchiste.

• Gouverneur militaire de la place de Paris jusqu’en 2012 et légionnaire, le général Dary a mis au service de la cause ses compétences en « gestion de flux » acquises lors des défilés du 14 juillet. Il est le grand organisateur de ces processions véhémentes. A Saint-Nicolas-du-Chardonnet, le nid des intégristes anti-papistes, le général Puga, chef d’état-major particulier de Hollande, qui se prend pour le ministre de la Défense, vient souvent faire ses dévotions et écouter les diatribes anti-pédés. Son frère est abbé de la paroisse.

Une bénédiction pour tous les rebelles…

Brigitte Rossigneux

Source: Le Canard enchaîné du 22 mai 2013.

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