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Association (Loi 1er juillet 1901) de défense des droits des militaires.

La mise au pas de l’expression du mécontentement dans la Gendarmerie. (Par Renaud Marie de Brassac)

Article publié le 18 octobre 2011

Le rattachement de la Gendarmerie au ministère de l’Intérieur en 2009 et la radiation des cadres du chef d’escadron Jean Hugues Matelly en mars 2010, ont conduit l’institution au bord du Rubicon.

La direction générale craignait d’avoir à gérer de nouvelles manifestations de rue comme en 2001 et elle a  fait surveiller de près les forums consacrés à la Gendarmerie sur internet.

Elle a même manifesté l’intention de poursuivre sa vindicte contre l’officier rebelle, après sa réintégration en janvier 2011,  en annonçant la reprise d’une nouvelle procédure disciplinaire comme elle en avait le droit.

Finalement, la sagesse l’a emporté et on a fait comprendre à la direction générale qu’il valait mieux passer l’éponge que de jeter de l’huile sur le feu.

De fait, depuis que Jean Hugues Matelly a repris son service à l’état-major d’Amiens, le calme semble revenu sous les képis.

L’expression du mécontentement a donc été mise au pas. C’est un véritable succès, dont profite le directeur général, le Général Mignaux, qui vient de donner des consignes de modération à ses troupes pour ne pas gonfler les statistiques.

Cependant, d’autres raisons expliquent aussi cette relative accalmie de la contestation dans la Gendarmerie.

L’effet cosmétique de la rénovation des instances locales de concertation.

A grand renfort de communication interne et même externe, on a toiletté le système local de concertation. Les présidents de catégorie ont disparu pour faire place à des présidents du personnel militaire, ainsi qu’à des référents et à des conseillers choisis à partir d’un certain niveau hiérarchique.

Cette réformette a fait de l’effet et a occupé les esprits pendant un temps pour un résultat décevant.

Il suffit de citer un PPM (président du personnel militaire), dont l’interview est publié sur le Blog « La Grogne ».

« La Grogne : Penses-tu que la réforme de la concertation a offert une meilleure écoute des problèmes rencontrés sur le terrain ?

PPM :- Clairement NON : elle sert à justifier un peu plus le pressage de citron, puisque maintenant le patron en a parlé avant.

La Grogne : Pourquoi cet échec à ton avis  ?

PPM : Par l’absence d’une réelle liberté de ton des représentants : on reste dans le très politiquement respectueux propre à la Gendarmerie alors que les représentants devraient avoir le statut de fous du roi : dire tout, même si ça ne plaît pas sans prendre des coups : on s’assurerait ainsi de connaître le vrai sentiment de la base. Actuellement tout est aseptisé…on est doucement en train de revenir à des com’part’ (NDLR commissions de participation) banales et inintéressantes où les problèmes sont balayés, ce n’est pas parce qu’on en fait 4 par an, si la parole n’est pas libre, il n’en ressort rien de plus que quand il y n’en avait qu’une.
Et puis tu te rends compte de l’intérêt de ces réunions à l’importance qu’on leur donnent : dates changées au dernier moment, jamais de CR, bref rien qui n’engage la parole du chef ou qui donne envie de s’y investir. ça fait penser à gendcom ( forum interne de la gendarmerie ) en fait : on peut tout y dire, mais jamais personne n’y apporte une réponse qui pourrait être une règle.

Et je passe sur les menaces déguisées si tu te donnes de trop… »

Même si désormais, beaucoup se rendent compte de la manipulation, il est trop tard pour réagir et s’organiser. La direction générale a réussi à brouiller les cartes, en s’appuyant sur des militaires repérés comme leaders sur le Forum Gendarmes et Citoyens.

Le politiquement correct du Forum « Gendarmes et Citoyens ».

Ce Forum créé par un gendarme breton et animé par le commandant Matelly, a enflammé un temps la Gendarmerie entre 2007 et 2010. Il a été surveillé et attaqué. Des officiers en poste à la direction générale venaient même sur le Forum apporter la contradiction aux mécontents, en vue de les manipuler ou de les épuiser dans des dialogues vains. Alors, petit à petit, les forumeurs et les administrateurs et modérateurs ont lâché prise. Désormais, il faut faire dans le politiquement correct. Les sujets, les prises de position qui dérangent, sont soit bannis, soit placés dans des sous-forums où ils ne sont pas visibles et donc non lus. Un modérateur sollicité ne cache pas la stratégie de l’équipe :

« Dans nos décisions (…c’est toujours dans la collégialité que les décisions sont prises), qui peuvent paraître arbitraires, (voir dictatoriales…) elles n’en sont pas moins prises pour assurer la pérennité du site.
Ainsi, sans divulguer un secret, dans la majorité nous acceptons et voyons même un bien dans la naissance du nouveau média, mais en contre partie nous ne voulons en aucun cas ouvrir notre site sur son principal à un quelconque journal.
En aucun cas nous voulons être caution d’idées dont les orientations pourraient être dirigées vers des buts que le forum ne pourrait maîtriser.
Nous avons eu bien du mal à nous faire accepter et reconnaître pour que sur des ambitions personnelles tout l’édifice retombe sur ses fondations.
Enfin, attaquer un ou des membres de la modération, c’est attaquer l’ensemble de l’équipe et les réactions peuvent alors être épidermiques et violentes, mais je pense que c’est partout pareil.
»

C’est ce qu’on pourrait appeler « la normalisation ». Le Forum vise désormais à assurer sa pérennité et non plus à porter la contestation : fin d’un rêve de dialogue social, fin du début de démocratie interne dans l’institution.

Initialement, et compte tenu de son succès, le Forum devait être géré par l’association éponyme « Gendarmes et Citoyens » et en être la vitrine.

La direction générale a réalisé un coup de force en 2008 en priant tous les militaires d’active de démissionner de l’association. Tous se sont exécutés. Seul Matelly a résisté sans succès. Le juge judiciaire a estimé qu’il ne s’agissait pas d’une voie de fait et le Conseil d’Etat l’a débouté de sa demande d’annulation. L’affaire est pendante devant la CEDH.

L’association alors a pris son essor sous la présidence d’un retraité Ronald Guillaumont, le même qui a dénoncé dix huit mois plus tard l’ingérence de hauts gradés sur le Forum pendant les heures de service.

La récupération de l’Association « Gendarmes et Citoyens » ?

Rapidement, l’association a regroupé une bonne centaine d’adhérents composés aussi bien de gendarmes d’active que de retraités.

Mais en 2010, l’assemblée générale a préféré un major en retraite, Christian Contini, à Ronald Guillaumont qui s’était beaucoup investi.

Dès novembre 2010, plusieurs membres ont quitté l’association. En février 2011, Contini qui supportait difficilement l’expression d’opinions divergentes a démissionné de son poste pour finalement se représenter à l’assemblée générale fin avril 2011 et être réélu avec le soutien d’amis et de proches. Cette lutte pour le pouvoir a entrainé une sérieuse hémorragie des membres de l’association fondée par Jean Hugues Matelly.

Comble de l’horreur, le journal « Minute » du 20 juillet 2011 a rapporté publiquement les liens qui unissent Contini et Maurice Leroy, président du Conseil général du Loir et Cher, ministre de la ville et ci-devant recalé aux dernières élections sénatoriales. Certains ont vu dans le soutien de Maurice Leroy à la réélection de Contini une tentative de récupération. De fait, il est clair que le contenu du site de l’association, comme celui de son mensuel électronique avec les aventures interminables du gendarme « Padchance », la font paraître en demi teinte.

Rien de surprenant donc à ce que, l’association se soit de nouveau rapprochée du Forum, dont elle a adopté le profil bas.

Quelques ilots de résistance.

La Grogne ou l’histoire d’Astérix irréductible gaulois.

Jacky Mestries, pseudo Astérix sur les forums, a claqué la porte de l’association « Gendarmes et Citoyens » en novembre 2010, après qu’on lui a censuré le compte-rendu de son entrevue avec François Hollande.

Avec son ami Michel Munier, il a monté un Blog : La Grogne dans la Gendarmerie, qui a connu rapidement un franc succès. Ses articles sont percutants. Le ton est juste. Il a obtenu des interviews de nombreuses personnalités politiques, de dirigeants d’association, de militaires de terrain.

Son Blog constitue indiscutablement un ilot de résistance face  au « politiquement correct » et au conformisme ambiants.

L’UNPRG redresse la tête.

Première association de retraités, l’UNPRG (Union nationale des personnels en retraite de la Gendarmerie) dispose d’une section « Active », qui s’intéresse aux problèmes des gendarmes en activité de service.

Son nouveau président Henri Martinez veut faire bouger les lignes.

Il refuse de passer sous les fourches caudines de l’association des officiers « Le Trèfle », qui a tenté de modifier le protocole d’accord de 2006 entre les quatre associations constituant le comité d’entente des associations de la Gendarmerie(CEAG) sans consulter l’UNPRG. Dans un courrier daté du 11juillet 2011 et adressé au général d’armée Denizot, président du Trèfle, il met les points sur les i : « Il ressort de ces principes que l’ensemble des associations fondatrices doivent être convoquées à  participer aux réunions qui se tiennent. Or, jusqu’à présent, l’U.N.P.R.G. n’a pas été convoquée à une réunion dont l’objet aurait été d’élaborer et de discuter d’un projet de protocole se substituant à celui de 2006.

Il est donc juridiquement impossible de soumettre pour signature un nouveau protocole sans avoir préalablement appelé l’U.N.P.R.G. à débattre du contenu d’un nouveau texte.

Au titre d’une autre irrégularité, j’observe le délai particulièrement court, fixé unilatéralement, pour signer le protocole envisagé… Enfin, je note le caractère réducteur de la liste des associations mentionnées dans votre courrier et rendues destinataires de votre correspondance. »

Par ailleurs, dans un communiqué faisant suite à la remise au Premier ministre, le 4 août 2011, du rapport parlementaire sur l’évaluation de la loi de 2009 relative à la Gendarmerie, l’UNPRG apporte la contradiction au syndicat national des officiers de police (SNOP) :

« Dans  sa lettre au Premier ministre du 17 août 2011, le syndicat national des officiers de police (SNOP) met en cause la partialité du rapport parlementaire daté du 04 août 2011 concernant l’évaluation du rattachement organique et budgétaire de la gendarmerie au ministère de l’intérieur depuis la loi du 03 août 2009.

L’UNION NATIONALE  DES PERSONNELS EN RETRAITE DE LA GENDARMERIE (UNPRG) s’inscrit en faux dans l’analyse faite par ce syndicat. ».

De même, l’UNPRG n’a pas hésité à s’adresser au directeur général, lui-même, le 5 octobre dernier, à propos de la cérémonie en hommage aux morts de la Gendarmerie :

« A plusieurs reprises, des représentants de nos unions départementales nous sollicitent au sujet du discours prononcé par les Préfets lors de la cérémonie en hommage aux morts de la Gendarmerie, victimes du devoir, le 16 février de chaque année. Ils s’étonnent que ce discours ne soit pas cosigné par le Ministre de la Défense. »

Enfin, Henri Martinez entend faire respecter le contrat qui lie l’UNPRG à l’Essor de la Gendarmerie et l’a fait savoir au directeur de la publication et propriétaire du journal, par un courrier du 30 septembre 2011 : «Le contrat signé entre la SAS Relations Publiques Administratives, propriétaire du journal « L’ESSOR DE LA GENDARMERIE » et l’UNPRG le 11 Juin 2003, prévoit à l’article 2 que l’UNPRG s’engage à fournir 16 pages environ par numéro mensuel et que 8 pages photographiques peuvent y être insérées. L’article 3 stipule que l’Essor publie les  textes rédigés par la commission de la presse, en concertation avec l’UNPRG. Manifestement, le rédacteur en chef de notre  journal fait fi de ce contrat en négligeant l’esprit et la lettre de ce dernier… »

Ainsi, l’UNPRG, sous l’impulsion de son nouveau président, fait de nouveau entendre sa différence. Elle reste néanmoins une association de retraités, qui, légalement, n’a pas vocation à parler au nom des militaires en activité, sauf à être qualifiée de « groupement professionnel ».

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La mise au pas de l’expression du mécontentement ne signifie pas pour autant que ce même mécontentement a disparu. Il a sans doute fait place à une profonde résignation et à la crainte d’un avenir incertain après 2012.

Un commentaire suite à cet article :

  1. Il serait bon d’arrêter de ne voir que le verre à moitié vide, notamment en ce qui concerne la rénovation des instances de concertation. Le PPM cité estime que la réforme est inutile car il n’y a pas liberté de ton. Mais il ne peut y avoir liberté de ton. Liberté de parole, oui, mais pas de ton. Accepterait-il qu’on lui parle comme il souhaiterait parler à ses chefs ? Dates des com part changées au dernier moment et absence de CR ne sont pas la règle.
    Ce n’est pas parce que l’expérience qu’il a vécue est négative que tout l’est forcément. Il serait bon d’injecter un peu de rationnel dans l’irrationnel…

    sovietsupreme • 19 octobre 2011 à 9 h 03 min