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Afghanistan : quand nos soldats filment la guerre (SABINE BERNÈDE)

Article publié le 29 septembre 2011

Trois ans après la mort de dix soldats français, dont huit de Castres, en Afghanistan, un documentaire diffusé jeudi sur « France 2 » nous montre les images de cette guerre filmée par les jeunes militaires eux-mêmes. Un film choc.

Afghanistan. Été 2008. Vallée de Kapisa. Un jeune soldat français, une caméra sur le casque, filme des combats. On entend des tirs : une attaque de talibans, cachés dans les montagnes.

« On va mourir ici ! », lance effrayée, un militaire.

– « Ta gueule ! j’suis pas là pour crever », répond un autre.

C’est la guerre, telle que les militaires français la vivent, et telle que nous ne l’avons encore jamais vue. Ce jeudi soir, à 22 h 20, « France 2 » diffuse un documentaire de Frédéric Hissbach intitulé « C’est pas le pied, la guerre ? » : un film choc, un « Full metal jacket » tourné avec des smartphones sur le quotidien des militaires en Afghanistan. Ces images ont été réalisées par les soldats eux-mêmes, à l’insu de l’armée, au cours de l’été 2008.

L’armée française vient alors de subir de lourdes pertes. Le 18 août 2008, dix soldats français, dont huit appartenant au 8e RPIMa de Castres, meurent dans la vallée d’Uzbin. Fin août, à Paris, Christophe Koszarek, producteur, décide d’envoyer un journaliste en Afghanistan. Frédéric Hissbach part avec des militaires de Castres. Il filme les préparatifs du départ, à la caserne tarnaise et l’arrivée des soldats dans la vallée de Kapisa.

La veille de son arrivée dans le pays, trois soldats américains et leur interprète afghan viennent de sauter sur une mine. La tension est palpable. Les militaires sont nerveux. « L’armée contrôle son image. Quand une équipe de tournage part filmer des soldats sur un conflit, elle n’est jamais seule. On est toujours entouré de militaires choisis », observe Christophe Koszarek. Qui ajoute : « La guerre, on ne nous la montre jamais. On la voit au travers d’un filtre ».

Sur place, le soir à la base, Frédéric Hissbah se lie avec des jeunes soldats qui lui montrent les vidéos qu’ils tournent avec leur téléphone portable ou des petites caméras. Il trouve les images « hallucinantes ». Et il rentre à Paris avec ces documents.

Christophe Koszarek décide d’en faire un film : « Pour la première fois, on ne suivait pas des officiers, mais des jeunes de vingt ans qui découvrent la guerre ».

Christophe Koszarek et Frédéric Hissbach vont recevoir d’autres vidéos de soldats français. Au total, une centaine de petits films. « Nous avons attendu que des soldats quittent l’armée pour les revoir. Nous avons fait le tri des images, nous les avons sourcées, nous avons recoupé des informations pour pouvoir réaliser un documentaire qui ait du sens », indique le producteur. Trois années ont passé. Le documentaire de Jara Production va être diffusé.

« Ce film est quelque chose de nouveau, auquel on n’est pas habitué, poursuit Christophe Koszarek. Les soldats se sont filmés comme on filmerait nos vacances, et cela peut choquer. Mais ces jeunes ont grandi avec la téléréalité, ils ont l’habitude de balancer leurs vidéos sur internet. C’est dans leur culture. Les images, qui n’étaient destinées à être diffusées, peuvent heurter le téléspectateur. C’est la vie de la guerre, comme on en rencontre partout dans le monde ».

Dans le documentaire, deux soldats témoignent à visage découvert. Tony, 24 ans, biceps tatoués, et Maxime, 22 ans, surnommé « Junior », tête de play-boy.

Arme à la main, caméra sur le casque, ils tirent, filment. Ils doutent.

Tony : « Parfois, je me demande ce qu’on fait là. Si on tue un taliban, mais qu’on donne la haine de l’Occident à un village de trente personnes, qui vont à leur tour devenir des talibans… J’sais pas s’il y a vraiment d’évolution dans le conflit ».

Dans l’épreuve de la guerre, les jeunes soldats éprouvent aussi de la peur. « Il y a un mélange de crainte et d’excitation », dit Christophe Koszarek. L’excitation des premiers combats : « On a l’impression d’être dans un jeu vidéo, sauf qu’on ne peut pas arrêter la console », témoigne un jeune soldat.

La mort rôde. L’ennemi est invisible. Il peut parfois être infiltré au sein de l’armée afghane, ou se cacher sous le pakol de feutre des Afghans. « Lors des patrouilles, à l’aller, vous croisez des paysans qui vous sourient. Et au retour, ils vous attendent une kalachnikov à la main », dit Maxime, qui se méfie de tout, même des bêtes, « car ils mettent des bombes sur des ânes ».

De plus, l’armée afghane, l’ANA, dont les soldats ont été formés et armés par la coalition, a la réputation d’être particulièrement maladroite de la gâchette. Tony, encore : « Quand on sent un lance-roquettes passer tout près, on se dit que ça serait dommage de se faire tuer par des alliés ».

Les soldats rient, ils plaisantent, ils font des blagues de collégiens.

On les voit mettre en joue un jeune adolescent afghan qu’ils viennent de contrôler dans une ruelle. Pour s’amuser, « décompresser ».

« C’est pas le pied la guerre ? »

À voir.

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